8.9.14

Avant la nuit de Reinaldo Arenas

Mécanisme de l'histoire

Reinaldo Arenas eut une vie hors du commun. Une existence de personnage de roman qu'il voua à l'écriture, son combat contre tout ce qui tenta de l'anéantir – répression, bêtise, mort. Du spectre de ces humanités qui façonnent les hommes, il a sans doute revêtu chaque couleur. Une enfance pauvre mais libre avec comme premier souvenir le goût de la terre. L'espoir en la révolution castriste et la déception, les amours homosexuelles, la passion de l'écriture, la censure, les travaux forcés, l'emprisonnement. L'obligation de rester libre pour exister, de ne pas se vendre et, malgré la conscience d'une douleur à venir, cette volonté, plus forte que tout, de quitter Cuba, de se sauver et de se perdre dans l'exil. Maintenant je vois l'histoire de mon pays comme ce fleuve de mon enfance qui charriait tout sur son passage dans un fracas assourdissant ; ce fleuve aux eaux troubles nous a tous anéantis lentement, les uns après les autres. La biographie de Reinaldo Arenas débute par la fin. Sa mort qu'il sait imminente ne sera que la conclusion attendue d'une maladie qui le ronge. L'écrivain cubain qui fit de sa lucidité une arme littéraire tranchante décide alors d'écrire le roman de sa vie. Avant la nuit n'est pourtant pas l'œuvre d'un homme brisé. C'est au contraire un hymne à la vie et à l'esprit de révolte, à l'amour et à la liberté. L'espérance guide une écriture poétique, sans tabou, déchirante de tendresse, à l'émotion souvent brute. Avec Avant la nuit, Reinaldo Arenas, livre son dernier cri "contre le fracas des armes qui asphyxie le rythme de la poésie, de la vie". Avant la nuit a été adapté au cinéma par Julian Schnabel en 2000. --Hector Chavez 

Mon sentiment 
(Avant la nuit de Reinaldo Arenas)
Bouleversant, touchant, effrayant. Voilà un témoignage qui donne à réfléchir et nous offre une vision des conditions de vie sous une dictature. Dans cette autobiographie, il y a tout ce qui compose une vie, et c'est bien normal. De l'amour et de la sexualité tout d'abord, à travers le témoignage personnel de Reinaldo Arenas. Son enfance, sa grand-mère, ses premiers émois, les nombreux autres plus tard. Il est question d'espoirs aussi, celui d'hommes et de femmes qui se révoltent contre une dictature. L'espoir de se battre pour ses convictions, de l'emporter et de pouvoir reconstruire un pays meilleur. La passion, ici à travers l'écriture, dans un univers en perpétuelle recherche de créations. L'amitié également. Puis viennent la peur, la désillusion,  la trahison, la paranoïa propres à toute dictature. La fuite, l'exil... La vie, la mort en somme. Reinaldo Arenas nous raconte tout cela comme on se souvient, un moment de vie, qui en amène un autre, et puis un troisième etc...
A lire, rien que pour se rendre compte de comment un régime dictatorial peut tranquillement s'installer pendant que l'on vit de manière insouciante. A lire, pour comprendre, comment privé de liberté, on se bat, contre les autres, contre soi, pour profiter du moindre instant libre, quel que soit sa forme. 

Pièces détachées

A ce moment-là, je me suis dit qu'il valait mieux mourir. J'ai toujours trouvé lamentable de mendier la vie comme une faveur. Ou on vit selon ses désirs, ou alors il vaut mieux cesser de vivre.
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J'avais déjà commencé mon autobiographie à Cuba, comme on le verra plus loin, et je l'avais intitulée Avant la nuit, car je devais l'écrire avant la tombée de la nuit, puisque je vivais en fugitif dans un bois. Maintenant, la nuit avançait de nouveau, de façon plus imminente. C'était la nuit de la mort. Maintenant, il fallait vraiment que je termine ma biographie avant la nuit.
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Notre histoire est faites de trahisons, de soulèvements, de désertions, de complots, d'émeutes, de coups d'Etat; le tout dominé par l'ambition démesurée, par l'injustice, par le désespoir, par l'arrogance et par l'envie. Même Christophe Colomb, à son troisième voyage, après avoir découvert toute l'Amérique, revient en Espagne enchaîné. Deux attitudes, deux personnalités semblent toujours lutter dans notre histoire: celle des rebelles permanents amoureux de la liberté, donc de la création et de l'innovation; et celle des opportunistes, des démagogues, toujours amoureux du pouvoir, donc partisans du dogme, du crime et des ambitions les plus mesquines. 
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Ce fut  le début de la paramétrisation, c'est-à-dire que tout écrivain, tout artiste, tout dramaturge homosexuel, recevrait un télégramme l'informant qu'il ne réunissait pas les paramètres politiques et moraux pour occuper son poste; par conséquent on le privait d'emploi, ou bien on lui en offrait un autre dans un camp de travaux forcés.
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De sorte que la femme, de même que l'homosexuel, était considérée sous le régime castriste comme un être inférieur. Les machos, eux, pouvaient avoir plusieurs femmes, on trouvait que c'était un signe de virilité. C'est pourquoi femmes et homosexuels s'unirent, une façon de se prémunir, en somme.
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Monsieur...
En fonction du bilan de liquidation d'amitié que j'effectue à la fin de chaque année sur la base de constatations rigoureuses, je vous communique que vous venez de grossir ladite liste.
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Reinaldo Arenas.

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